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Un mythe tenace sur l'organisation sociale du chien

Une croyance profonde chez les propriétaires de chiens

Et de façon plus surprenante chez certains éducateurs canins

« Si votre chien monte sur le canapé c’est pour s’attribuer la place du chef de meute », « un chien qui mange avant vous pourrait penser qu’il est le dominant ». Tout le monde aujourd’hui connait ces vieilles rengaines issues des méthodes d’éducation canine du siècle passé. Pourtant, à l’aube des années 2020, ces pratiques ont encore cours dans de nombreux foyers Français et au cœur des clubs canins.
Mais alors, d’où vient cette conception ancrée que l’homme doit imposer par la force une hiérarchie de dominance avec son chien ? Et plus important encore, comment savons-nous aujourd’hui que ces méthodes ne s’appuient sur aucun fait scientifique reconnu et qu’elles sont, au mieux, inefficaces et au pire, extrêmement néfastes pour la relation homme-chien.

 

Alpha Roll Cesar

L’alpha roll, ou forcer le chien à la soumission pour lui montrer qui est le chef… Le plus sûr moyen de se faire mordre !

Pour mieux comprendre l’origine de ces croyances, il nous faut revenir sur la publication scientifique qui a changé le cours de l’histoire de l’éducation canine. En 1947, le zoologiste R. Schenkel publiait dans la célèbre revue « Behaviour », son article traduit de l’allemand « Etudes des expressions chez le loup ». Cette publication, basée sur l’observation de loups en captivité, décrit la meute comme une structure hiérarchique linéaire dans laquelle le rang de chaque individu défini son accès aux différentes ressources du groupe (nourriture, territoire, partenaires etc…). Les individus seraient ainsi en compétition permanente pour une meilleure position hiérarchique au sein du groupe. Au sommet de cette pyramide, le couple de loup « alpha » affirmerait par la force et l’intimidation sa position dominante. A l’autre bout, un individu « oméga » serait le loup dominé par tous les autres membres du groupe. Cette théorie s’accompagnent d’observations de comportements de dominance comme la position de soumission sur le dos : en situation de conflit, un individus de rang inférieur se laisse coucher sur le dos, immobile, par un individu hiérarchiquement supérieur.
Vingt ans plus tard, l’américain L. D. Mech récupère et vulgarise le concept de hiérarchie de dominance et de loup « alpha » dans son best-seller « Le loup : Ecologie et comportement d’une espèce menacée » (1970).  Fort de son succès, cet ouvrage a inspiré de nombreuses théories sur la dynamique des groupes en sciences humaines mais également dans le milieu canin. En effet, les observations faites chez le loup ont rapidement été transposées chez le chien domestique.

Mais alors, pourquoi cette théorie de dominance chez le loup est-elle erronée ?

C’est le zoologiste L. D Mech, lui-même, qui dans son article « statut alpha, dominance et répartition du travail chez les meutes de loup » publié quelques années plus tard, l’explique en 3 points clefs :

  1. Les observations initiales ont été menées sur des loups en captivité, et non des loups sauvages. A l’état sauvage, les meutes de loup sont le plus souvent constituées d’individu de la même famille, or dans ce cas, il s’agissait d’un groupe reconstitué artificiellement.
  2. Les observations initiales étaient de courtes durées et n’ont pas permis d’évaluer la place hiérarchique de chaque individu sur le long terme. Aujourd’hui, nous savons que la hiérarchie chez le loup est un processus dynamique, et non linéaire.
  3. Des études plus poussées, sur de plus longues durées et au sein de meute de loups sauvages a permis de montrer que la hiérarchie de dominance ne s’établie pas par la force et l’intimidation, mais par une coopération mutuelle des individus. La fameuse position de soumission sur le dos en est un bon exemple. Il s’agit là d’une posture adoptée à l’initiative de l’individu dominé, et non par l’individu dominant. Nous savons aujourd’hui que ce type d’interactions permet aux individus du groupe d’apaiser une situation conflictuelle ou stressante.

Et le chien dans tout ça ? En quoi, la théorie de dominance n’est-elle pas applicable aux relations canines et encore moins aux relations homme-chien ?

Il parait maintenant assez aisé de comprendre que si la théorie de la dominance n’existe pas chez le loup, du moins de la manière dont on la décrivait, elle n’existe pas non plus chez le chien…
Même si le chien est issu de la domestication du loup, l’évolution divergente de ces deux espèces a conduit à ce que loups et chiens présentent une génétique et des comportements distincts. Effectivement, la domestication et l’omniprésence de l’Homme dans la vie du chien ont profondément modifié ses habitudes. Les comportements visant au contrôle des ressources n’ont plus lieu d’être puisque c’est l’homme qui assure la quasi-totalité des besoins du chien.

De plus, les études en éthologie s’accordent à dire que les relations de dominance entre les individus n’existent qu’au sein d’une même espèce : la relation de dominance entre homme et chien n’existe donc pas. L’homme et le chien partageraient plutôt une relation qualifiée de « symbiotique », à laquelle chaque individu apporte sa contribution. Dans ce contexte, la théorie de la dominance s’efface pour laisser place à des théories plus appropriées aux relations homme-chien comme celle du leadership. Le leadership se caractérise par un individu « moteur » qui oriente l’interaction par la coopération et l’échange. L’homme comme le chien endosserait dynamiquement ce rôle de leadership et contribuerait individuellement au renforcement de la relation qui les unie.

Mech lui même vous parle

La théorie de la hiérarchie de dominance entre l’homme et le chien n’a aujourd’hui aucune validité scientifique, pourtant elle continue d’inspirer de nombreuses pratiques en éducation canine. Ces méthodes reposent pourtant sur des théories comportementales obsolètes dont on sait qu’elles ne correspondent pas aux comportements du chien.

Prêt à découvrir davantage?

Voici un article sur les grognements.

Et oui un chien qui grogne n'est pas un chien "dominant"

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